A Sonia

Tu m’appelais « mon ange », et pourtant…

Chaque instant passé avec toi a prouvé que de nous deux tu étais l’ange.

T’ai-je dit à quel point je t’aime ?  Sans doute pas assez.

Permet-moi de te le redire aujourd’hui.  Laisse-moi mes souvenirs de toi, mes souvenirs de nous.

Ne me demande pas de te laisser t’en aller, pas encore, jamais.  Ne me demande pas l’impossible.

Je t’aime  

Vous êtes chez vous

Mes amies, nos amies, nhésitez pas à vous exprimer ici, comme on discuterait de la beauté dune fleur dans un jardin.
Sonia est cette fleur. Son parfum flottera toujours, trait d'union entre nous.

Jeudi 30 octobre 2008

Je ne pense pas être grande, je ne le suis pas. Jécris pour me raccrocher, voila tout, pour ne pas sombrer. Ce serait si simple de se laisser aller, de devenir folle pour refuser cette vie de merde qui nen est pas vraiment une. Je ne veux pas de cette solution, je veux me battre contre la fatalité et maintenir vivace le souvenir de mon chaton. Voila pourquoi jécris. Même si je suis plus calme, je ne suis pas au bout de mes peines, encore moins au bout de ma peine, je le sais..

Jignore si je men sortirai, et surtout comment. Simplement jai envie dessayer. Et vous êtes toutes tellement présentes que je vous dois au moins ça.

 Je vous embrasse.

Par Jo
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Jeudi 30 octobre 2008

Voici le brouillon du début du premier chapitre. Rassurez-vous, je ne trahirai pas la morale, et n’oubliez pas qu’il s’agit d’un roman. Même si vous retrouverez le caractère de ma tite Sonia à travers l’héroïne Clara.

 

- Très bien, sonna le professeur. On reprend maintenant que tout le monde est détendu. Qui veut lire sa dissertation ?

Un mutisme gêné succéda aussitôt aux messes basses. Des regards plongèrent par la fenêtre, imaginèrent un moyen de prolonger la récréation. D’autres s’appliquèrent à détailler l’île de la Réunion en poster sur un mur vert tendre. Le dernier se dissimula entre sa feuille et la table légèrement inclinée, à la conquête d’un havre de paix.

- Je ne m’attendais pas à compter 28 mains levées, mais un peu plus quand même.

Lurdeau harangua ses troupes devant un évident manque d’enthousiasme. Professeur de philosophie depuis un peu plus de quatre ans au Lycée Raoul Dautry de Limoges, ce croisement de pudibonderie et de je-m’en-foutisme prôné par la majorité de ses d’élèves l’étonnait encore.

- N’oubliez pas, le bac que chacun de vous espère au mois de juin passe par un bon travail toute l’année.

L’évidence ne traumatisa pas des esprits déjà tournés vers les prochaines vacances de Noël.

- Si vous ne vous secouez pas, je ne pourrai pas le faire à votre place. Alors, le volontariat se perd de nos jours ?

Une main blanche hésita, puis se hissa au dessus des têtes. L’occasion se présentait de mettre un terme à cette comédie, à condition de tolérer une dernière volée de moqueries.

- Melle Lacoste, approchez-vous.

Un murmure désobligeant accompagna au tableau la jeune fille décidée, vite réprimé par un coup de gueule.

- Je vous en prie ! aboya Lurdeau. Vous manquez de courage, ne faites pas de reproches à ceux qui en ont.

Le prof refusa de comprendre le comportement agressif et railleur des adolescents. Le besoin d’affirmation passait trop souvent par de la méchanceté gratuite. La pauvre se comptait sans nul doute au nombre des victimes.

- Je vous rappelle le sujet, que bon nombre semblent avoir oublié : la tolérance est-elle un droit ou un devoir.

Le silence imposé remplaça les chuchotis. Clara étudia la classe avec dédain. Sa réputation venait d’en prendre un coup une nouvelle fois, une dernière fois. Aucune importance, plus jamais personne ne la brocarderait.

- A vous, Melle Lacoste. Nous vous écoutons.

Une profonde inspiration insuffla l’oxygène nécessaire à ce qui s’apparentait à une plongée en apnée. Les grands yeux bleus brillèrent de larmes contenues, les narines palpitèrent à la base du nez fin et droit. Deux fossettes mettaient la bouche tremblante entre parenthèses. Les cheveux recouvraient d’une soie châtain claire presque blonde deux épaules maintenues droites par l’unique force de sa volonté.

- Tolérer signifie supporter avec indulgence, en faisant un effort sur soi, aligna la jeune fille d’un ton égal. C’est la définition que donne mon dictionnaire.

Des sourires s’affichèrent sur des masques moqueurs.

- Je devrais vous le prêter. Je sais par expérience qu’il n’y a aucune tolérance ici. J’en suis à ma troisième année. 3 ans de galère, à devoir vous supporter.

Un babillage se promena dans un air saturé de rires à peine ravalés, de moqueries latentes, d’un évident plaisir de blesser. Dénués de scrupules, certains continuaient le jeu malsain sans se soucier de la présence du professeur.

- Je n’ai jamais rien dit à personne. Je n’aime pas parler. Je n’aime pas non plus être approchée…

- On avait remarqué, ricana un garçon dont l’audace compensait le manque de raison.

Lurdeau se leva, désireux d’imposer le silence. Une large carrure de rugbyman suffit à impressionner les plus rebelles. Ce mélange de confession et d’accusation l’intriguait, au point de guetter la suite avec une impatience grandissante.

La jeune fille adossée au tableau ne lisait pas son devoir, mais improvisait. La déclaration s’apparentait à un règlement de compte. Ni réfléchis ni répétés, les mots s’évadaient de la bouche déformée par un rictus. Clara souffrait dans son âme, et la douleur se propageait à son corps.

- … C’est ma nature. J’ai refusé de sortir avec des garçons de la classe. Alors ces salauds se sont dépêchés de me faire une réputation.

Un psychologue l’aurait arrêtée, prise à part, aurait tenté d’expliquer la bêtise de certains. Mais comment ? Les larmes glissaient sur des joues pâles maintenant. Nombre de regards se détournèrent, s’affaissèrent sur les tables ou se cachèrent dessous. D’autres compatirent, plus rares.

- Tout ce qu’on a pu dire sur moi est faux, je suis prête à le jurer. Mais ça n’a plus d’importance. Vous m’avez trop fait de mal, je m’en vais.

La rédaction échappa de la main fébrile. Le prof abasourdi ne la vit pas quitter la salle de classe en silence.

 

L’atmosphère se dégradait dans le bureau à l’ameublement fonctionnel, dénué de chaleur, sans recherche. Le plastique et l’acier gris jouaient à cache-cache avec le crème d’un papier peint uni. Lurdeau retint un soupir, déprimé par la tristesse du décor dédié au seul travail.

- Vous l’avez laissée filer comme ça. Nom de dieu ! Vous auriez pu l’arrêter.

- J’étais sonné par ce qu’elle venait de dire. Mettez-vous à ma place. On n’est pas préparés à ce genre de situation, nous. C’est bien dommage.

Charles Jourdain resta estomaqué à son tour. A moins de 6 mois d’une retraite méritée, un proviseur devait tout prévoir, même et surtout l’imprévisible. Un tel coup du sort n’allait pas manquer d’entacher sa carrière.

- Je vous en prie, ne cherchez pas d’excuses. Qu’est-ce que je vais raconter à l’inspection d’académie ?

Un haussement d’épaules souligna le côté malséant d’une remarque dépouillée de sentiment.

- C’est tout ce qui compte pour vous ? Ce qui peut arriver à cette gosse ne vous intéresse pas ?

- Bien sûr que si !

Deux gendarmes se tenaient impassibles devant la porte, sans doute à vouloir décourager le professeur d’imiter l’élève. Quelques mauvaises notes, des parents trop autoritaires, plus souvent une première déception amoureuse, et les gamins se sauvaient. Le cas se voulait différent aujourd’hui.

La fille de l’adjudant Lacoste, en poste à la gendarmerie depuis des années, ne connaissait pas ce genre de problème. Son père n’éprouvait pas le besoin d’être sévère à l’encontre d’une gamine bien élevée, polie avec tous, bonne élève, qui ne sortait pas.

Peut-être la clé du problème. Clara ne montrait jamais ni désir ni faiblesse, semblait recluse volontaire à 16 ans, sans aucune logique. Ou alors, la vie privée de l’adjudant recélait quelques secrets.

- Il serait possible d’interroger les élèves de sa classe ? Elle a peut-être fait une confidence à une camarade, ou bien laissé un indice quelconque. Le temps presse, les premières heures sont déterminantes.

Un hochement du menton indiqua à la fois le professeur et la porte. Jourdain peinait à s’exprimer de vive voix, déjà à la recherche des mots destinés à l’inspection d’académie, d’un dédouanement possible.

- Bien sûr. Accompagnez ces messieurs, Lurdeau. Et pas de vague. Ces gosses sont fragiles.

Le souvenir de la mesquinerie de certains – sinon la raison de la fuite, au moins le détonateur – contraria le philosophe. Fragiles ? Peut-être pas tant que ça.

- Suivez-moi, s’il vous plaît.

Le maréchal des logis-chef Bertrand quitta le bureau sans prendre congé, décidé à ne pas gaspiller un temps précieux. L’adjudant allait péter un plomb en apprenant la fugue de sa gosse. Sa réputation de violent n’avait rien d’usurpé.

 

La main tremblante essuya un reliquat de larmes sous des yeux cachés par des paupières lourdes. Clara se sentait prête, le temps du choix remplaçait enfin celui des contraintes. Son geste la poussait à prendre des décisions ? La condamnait à l’action ? Tant mieux.

L’intention de quitter le lycée dans l’après-midi ne s’avérait nullement préméditée, juste la conséquence logique à tous ces mois de frustration. L’intolérable souffrance venait de prendre l’ascendant sur la peur.

Maintenant, rester à geindre sur son lit ne la mènerait nulle part. Sa mère allait rentrer du travail dans moins d’une heure, son père peu après, et les deux exigeraient des explications. Comme s’ils ne connaissaient pas déjà la raison.

La méditation la projeta dans un passé lourd, trouble. Ses parents n’avaient pas cherché à comprendre à l’époque. Ils s’étaient contentés de juger, de condamner, puis d’exécuter la sentence prévue par le code de moralité du clan Lacoste. Son univers avait perdu jusqu’à son essence.

Clara se releva, observa avec mépris son univers d’enfant un instant, un univers dans lequel on l’avait emmurée durant de longues années, afin de l’empêcher de grandir. Et bien elle avait grandi quand même, seule dans sa prison.

Une terrible logique s’imposa à un esprit libéré des doutes. Limoges et sa famille refusaient d’insuffler un espoir, autant s’en aller. Les mains cessèrent de trembler, agirent vite afin de préparer un sac de voyage léger.

Un tour d’horizon du grand salon silencieux lui amena une idée, la cassette contenant l’argent liquide tomba sur la table de bois. Son livret d’épargne remplaça 1200 € en coupures de 100 et de 50. La liasse disparut dans la poche de son blouson. Personne ne se permettrait de l’accuser de vol.

Maintenant, partir sans se faire remarquer allait exiger de la prudence et de la chance. Les appartements situés près de la gendarmerie abritaient beaucoup de connaissances. L’alerte ne tarderait pas à être donnée.

 

Les yeux rougis refusaient d’abandonner la grosse pendule, dont le tic-tac envahissait l’espace. Chaque minute passée y ajoutait un lot de larmes. Michèle ne parviendrait plus à les contenir très longtemps.

- Où est-ce qu’elle peut être ?

A la fois question et hurlement, les mots agressèrent une gorge nouée par la peur. La sueur collait les cheveux blonds sur le front haut, les joues pâles tremblotaient au-dessus de la mâchoire crispée.

- On la retrouvera, ne te mets pas dans des états pareils.

- Quand ?

- Mes hommes cherchent partout.

- Ah la belle affaire ! Tes hommes, ta femme, ta fille… Tu ramènes tout à toi. Jamais tu ne pourrais penser aux autres de temps en temps ?

La mère camouflait son inquiétude derrière la rage, le père voyait fondre sa colère au profit de l’abattement. Le débat se nourrissait de leurs émotions devant la cassette ouverte sur la table du salon.

- Je fais des efforts pourtant.

- Ah oui ? Tu l’ignores depuis 6 mois. Tu ne sais rien de sa vie, de ses aspirations. Son carnet de notes signé, elle ne fait plus partie de ta vie.

- Qu’est-ce que tu racontes…

- La vérité ! Dis-moi quand tu lui as adressé la parole pour la dernière fois ?

- Elle ne répond jamais.

- Ce n’est pas une raison ! Tu es son père, à toi de faire des efforts.

Les yeux sombres tombèrent sur le tapis, cherchèrent une explication à la véhémence des reproches, mais surtout pas à son comportement.

- Tu ne vas pas tout me mettre sur le dos. Je pensais agir pour son bien…

- Menteur ! Tu t’es laissé entraîner par ta fierté imbécile. Et elle est partie maintenant. S’il lui arrive malheur, je ne te le pardonnerai jamais. Tu m’entends ? Je veux qu’elle revienne, je veux retrouver mon enfant.

- Moi aussi.

Aucun n’imaginait son avenir sans Clara. Pourtant, Clara se décidait à construire le sien sans eux.

 

Le crissement des roues tira la jeune fille d’un sommeil réparateur. Un cauchemar ne l’aurait pourtant pas étonnée. La déprime ne semblait pas au rendez-vous. Ce soir ou demain, si ses recherches n’aboutissaient pas très rapidement. L’espoir la tenaillait pour l’instant. Une voix au timbre impersonnel se chargea d’avertir les passagers.

Tours, Tours, terminus ! Tous les voyageurs descendent de voiture. Assurez-vous de n’avoir rien oublié dans le train.

Clara se mêla à un groupe de passagers entre deux âges, fit semblant de s’intéresser aux débats. Les policiers traînaient souvent dans les gares. Et son père avait sans doute signalé sa disparition. Tout ce qui arborait un uniforme allait se lancer à sa poursuite, la traquer sans relâche comme une criminelle.

Une pensée émue la rapprocha de sa pauvre maman, sans doute morte d’inquiétude. Mais la vie n’était plus possible à la maison. Quelle vie d’ailleurs ? Ils ne l’auraient jamais laissée partir, incapables de comprendre l’immensité de son chagrin, son aspiration légitime à la retrouver. Une première leçon se dessinait, le courage entraînait l’affranchissement. Plus besoin de permission maintenant.

Le froid de décembre rejeta ses pensées à l’arrière plan, à l’image de la gare dans son dos. Le soleil rougeoyant prêt à se coucher, les illuminations prenaient le relais. Bientôt Noël, le premier loin de sa famille. Seule ? Non, elle aurait retrouvé Stéphanie avant. Alors l’avenir aurait un sens.

La pointe de la langue glissa sur ses lèvres à l’évocation de son ancien professeur. Rien ne pourrait plus les séparer, ni une mutation, ni les menaces de son père. L’adjudant Lacoste ne gagnerait pas cette bataille.

Le coup de gueule de l’automobiliste pressé lui arracha un sourire indulgent. Comme si griller le feu ne suffisait pas. La même bêtise partout, la même intransigeance. Sur ce point au moins, Limoges et Tours se ressemblaient.

La rue de Bordeaux s’ouvrit sous ses pas tranquilles. La précarité de sa situation ne la traumatisait pas vraiment. Clara devait s’imprégner de cette toute nouvelle liberté, laisser à ses poumons le temps de s’oxygéner. Un peu plus de mille euros d’économie lui permettraient de tenir le coup, de se retourner, de la retrouver.

- Où se trouve la poste, s’il vous plaît.

La quarantaine solide, engoncée dans un manteau de laine soigneusement fermé, la femme pointa un doigt rougi vers la rue piétonne.

- Allez au bout, et traversez la place du Palais. Continuez à gauche, vous trouverez la poste de l’autre côté du boulevard.

Une prospection sur l’annuaire électronique lui permettrait de trouver l’adresse. Ensuite… Si par malheur Stéphanie ne voulait plus la voir !

 

- Asseyez-vous, je vous en prie.

Le lieutenant profita d’un canapé de cuir marron usé par des années de labeur, seule vieillerie dans un environnement de boiseries claires dépouillé de l’inutile. Une table basse, un téléviseur LCD et une bibliothèque assuraient l’essentiel.

- Merci de me recevoir. Ne vous inquiétez pas, il s’agit là d’une visite informelle. On m’a demandé de venir vous parler d’une certaine personne.

Stéphanie Darlan refusa de trouver un réel soulagement dans le ton mesuré. Si l’arrivée des gendarmes à son domicile l’avait interpellée, le fait de se retrouver maintenant dans son salon en compagnie de l’officier transformait une inquiétude légitime en sourde angoisse.

- Je peux savoir ce qui se passe ?

- Clara Lacoste a disparu.

- Oh non !

Les yeux noisette agrandis d’étonnement sous les cheveux châtains mi-longs, les joues virèrent du hâlé naturel au blanc livide, la lèvre inférieure trembla. La jeune femme vacilla sur ses bases, incapable de simuler pareil choc. La sobriété de la déco cessa d’accaparer l’attention du lieutenant Lefebvre.

- Comment ça ?

- Elle a quitté son école dans l’après-midi, puis s’est enfuie après avoir pris quelques vêtements.

- Mais pourquoi ! Elle n’a donné aucune explication, ou laissé une lettre ?

- Rien du tout, et c’est la raison de ma présence d’ailleurs. Vous l’avez eu dans votre classe l’année dernière, jusqu’à fin juin en fait.

- Exact. J’ai été mutée à Tours ensuite. J’enseigne l’anglais au lycée Balzac.

Une larme alerta l’officier. En quoi la disparition de cette gamine concernait-elle un ancien prof ? Et pourquoi se mettre dans cet état à cause d’une simple fugue ? L’adjudant Lacoste avait donné l’alerte, aucune explication.

- Sans être indiscret, puis-je demander pourquoi ?

Un hoquet fit disparaître la boule dans sa gorge, permit à Stéphanie de répondre. L’histoire la rattrapait, sa tranquillité d’esprit foutait le camp.

- Pour des raisons personnelles.

Lefebvre renonça à en savoir davantage, certain de ne pas trouver la gosse ici.

- Bien, je vais vous laisser maintenant. Si vous apprenez quelque chose, recevez une information, soyez gentille de me contacter à la caserne Rabier. Ses parents ne vivent plus, vous vous en doutez.

- Je n’y manquerai pas.

 

Clara tenta en vain de remonter la fermeture du blouson déformé par le second pull. La nuit restait son alliée, mais le froid devenait le pire ennemi. L’argent permettait de manger, pas de se loger. Inutile de se pointer dans un hôtel, le patron ne manquerait pas de demander son nom et son âge.

Pourtant, les remords ne l’effleuraient pas. L’adresse de Stéphanie griffonnée sur un bout de papier tremblait entre ses doigts gourds. Le regard larmoyant dans le vent s’accrochait aux mots comme à un espoir.

- Sale temps, n’est-ce pas !

La jeune fille rendit son sourire au photographe en train de descendre un volet de fer rongé par la rouille sur sa vitrine. La place du Palais vivait au rythme des bus bondés, des taxis impatients et des piétons pressés. Noël mettait une agitation sans pareil dans les cœurs.

- Oui. Où se trouve la rue d’Entraigues s’il vous plaît ?

- Facile, c’est la suivante sur votre droite.

Clara scruta la nuit dans la direction indiquée. Elle saurait bientôt à quoi s’en tenir.

- Merci Monsieur.

 

Le combiné retomba sur son socle, sans se détacher d’une paume moite. Ses copines lui en voulaient, mais une sortie au cinéma ne pouvait s’envisager dans de telles circonstances. La fuite n’augurait rien de bon, quand d’horribles faits divers noircissaient la une des journaux chaque jour.

Un tour à la cuisine la plaça face à la fenêtre et face à son passé. La rue d’Entraigues somnolait dans une indifférence générale à deux pas du centre-ville. Des voitures passaient au ralenti, à la recherche d’une place. Le papi d’à côté n’allait pas tarder à sortir la poubelle verte d’une main – tri oblige – et le caniche de l’autre. Quelle histoire !

De quoi avait besoin Clara. De recevoir une fessée ? De voir un psy ? D’attention plus sûrement. Le souvenir des yeux bleus pétillants sur un nez mutin provoqua un sourire amer. La gentille jeune fille savait se faire apprécier, même au-delà de toutes les espérances.

Stéphanie n’avait pas deviné à l’époque. Alors son manque de jugement avait causé sa perte. Les signaux étaient passés inaperçus malgré leur multiplication. Les regards, le timbre de la voix, ce désir de cours particuliers. Seule la visite de sa mère l’avait éclairée.

Quand le père avait trouvé le journal de sa fille, sa réaction fut de provoquer sa mutation au lieu de chercher à savoir. Le drame se produisait un semestre plus tard.

- Drame qui aurait dû être évité !

Le coup de gueule l’incita à se retourner. Non, personne ne pouvait l’entendre. Nul ne lui tenait compagnie dans la petite maison au mobilier simple et chaleureux. David devait finir de bosser, ou commencer à dîner. Son petit copain, du moins présumé tel, ne rentrerait pas avant les fêtes de Noël.

 

Incapable de supporter l’absence de réaction de sa femme, Charles concentra sur un téléphone muet. La soirée menaçait de s’éterniser, étouffante. L’absence de nouvelles du côté de Tours ne le rassurait pas. Clara là-bas, il aurait pu piquer une colère. Une colère préférable à l’incertitude.

- Mange un morceau. Ne reste pas comme ça.

Une vague de cheveux blonds l’assura du contraire. Seuls les sanglots contrariaient son mutisme. Michèle n’entrouvrait deux lèvres exsangues que pour inspirer de longues bouffées d’un air vicié.

- Tu devrais aller te reposer, je reste près du téléphone. Ça ne sert à rien d’attendre à deux.

L’ondulation dorée apporta une deuxième réponse en tout point semblable à la première. Personne ne pouvait s’arroger le droit de lui dicter sa conduite, de la chasser du fauteuil près du combiné silencieux.

 

Le coup de sonnette provoqua une grimace sur le visage aux traits tirés, soulignant l’angoisse. Les copines cherchaient sans doute un moyen de l’attirer. Mais le cœur n’était pas à la fête ce soir. Un pas traînant l’amena devant la porte, une main désertée par l’envie rabattit la poignée.

Clara devina la sueur tremper son corps malgré un froid pénétrant. Ses yeux partirent des petits pieds à l’abri dans les charentaises, glissèrent sur de longues jambes, devinèrent les cuisses fermes à travers le court kimono de satin blanc serré à la taille par une ceinture, s’attardèrent un instant sur les seins libres de toute contrainte sous le tissu tendu.

Hésitante entre la pâleur de la surprise et le pourpre de la gêne consécutive à la mise à nu, Stéphanie refusa d’avancer un fatidique "qu’est-ce que tu fais là", se contenta de soulager une main gelée de son sac.

- Entre, ne reste pas dans le froid… Accroche ton blouson au portemanteau.

Poussée avec ménagement, l’invitée surprise entra dans un hall baigné d’une douce clarté. La porte se referma dans son dos maintenu droit par le désir de se comporter avec naturel.

- Viens, ne reste pas dans l’entrée.

La jeune fille silencieuse suivit l’hôtesse bavarde dans une cuisine dépouillée d’artifices, vierge d’odeurs de nourriture.

- Installe-toi... Je vais te faire chauffer un chocolat… Tu dois avoir faim…

Les mots s’évadaient, accompagnaient un torrent de larmes impossible à contenir.

- Moi non plus je n’ai pas mangé. On va se préparer un bon petit gueuleton. D’accord ?

- Si vous voulez.

La voix chargée d’émotions provoqua un sanglot lourd. La main fine hésita, se posa tel un papillon sur une épaule lasse, s’appropria le frisson engendré par le geste.

- Pourquoi vous pleurez ?

Le soulagement de savoir Clara enfin à l’abri gonflait sa poitrine sous le kimono.

- Excuse-moi, c’est nerveux. J’ai eu peur quand j’ai appris ta disparition. C’est très dangereux ce que tu as fait, tu devrais le savoir.

- Oui… Mais je suis avec vous maintenant. Je ne risque plus rien ici.

Stéphanie se retourna, s’appliqua à détailler sa visiteuse dont le regard lourd ne la quittaient pas, retrouva le visage fin d’adolescente, y décela la gravité propre à l’adulte inscrite un peu trop tôt.

- Tu as fait couper tes cheveux ? Ça te va très bien…

Un excès de timidité empourpra les joues.

- Merci.

- Tu m’aides à mettre la table ? Tu trouveras des assiettes dans le placard au-dessus de l’évier.

Elle suivit la silhouette élancée, drapée dans une moulante chemise de coton sur un épais velours de même couleur.

 

- J’ai eu la visite des gendarmes. Tout le monde est inquiet à ton sujet.

La fourchette retomba sans bruit dans la purée. Son père lâchait ses chiens avides de sang frais. Evidemment, Tours se trouvait dans le collimateur, premier théâtre de l’enquête. Sa méchanceté ne signifiait pas sa bêtise.

- Je ne veux pas retourner à Limoges.

- Pourquoi ?

La jeune fille se concentra sur la douceur du ton, malgré l’incongruité de la question. L’hésitation prouva la recherche des mots justes.

- Parce que… parce que vous n’y êtes plus.

Stéphanie sourit au malaise envahissant, à défaut de hurler sa gêne.

- Ne parle pas comme, ça s’il te plaît.

- Pourtant c’est la vérité.

Consciente de son devoir, de l’importance de certains mots face à la détermination de l’adolescente, l’adulte insuffla une énorme bouffée d’oxygène à ses poumons.

- Tu ne trouves pas dommage de bâtir ton avenir sur des chimères, à 16 ans ?

Après le tressaillement, la remarque provoqua un haut-le-cœur. Pourquoi tout le monde ne voyait en elle qu’une gosse capricieuse ?

- J’ai grandi depuis votre départ. Vous l’avez oublié ? J’en aurai 17 le mois prochain.

- Moi 25.

- Quelle importance !

- Je suis professeur et toi élève. Nous vivons dans le même univers, mais une barrière nous sépare.

Clara devait le lui dire. Si le courage était venu plus tôt, le résultat eut sans doute été différent. Son doux rêve serait déjà devenu réalité.

- Je m’en moque. Je…

Un sursaut amena Stéphanie à refuser d’entendre une voix grave la mettre en porte-à-faux, à se révolter.

- Non ! Je t’en prie.

Une boule dans la gorge traduisit la gravité de l’instant et la complexité du problème. Rien ni personne ne pouvait plus l’arrêter désormais.

- Je vous aime.

Par Jo
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Jeudi 30 octobre 2008

Coup de fil de mon éditeur hier soir : une demoiselle a commandé mon livre par le biais du site des Éditions l’aile et la plume. Si cette personne le désire, je peux le dédicacer. Il suffit de m’envoyer un petit mail (avec le pseudo de la commanditaire et de la bénéficiaire), je me ferai un plaisir d’écrire quelques mots.

Pas encore prête à affronter les autres dans une librairie, je serai heureuse de vous exprimer la chance que j’ai de vous connaître.

Par Jo
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Mercredi 29 octobre 2008

Cette fois ça y est, jai commencé lécriture dun roman, un roman damour comme certaines dentre vous les aiment. Je vais prendre mon temps, et faire en sorte que ces pages méritent dêtre lues.

La trame se développe dans mon esprit, que je me dépêche de noter. Les grands traits, puis la description des personnages, le cadre. Bref ! le plan se dessine.

Ce roman sera dédié à ma Sonia, pour que toutes et tous sachent quun ange a vécu sur cette terre.

Par Jo
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Mardi 28 octobre 2008

Découvrez Amel Bent!

Découvrez Mecano!

Découvrez Mecano!
 J'espère que vous apprécierez
Par Jo
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