A Sonia

Tu m’appelais « mon ange », et pourtant…

Chaque instant passé avec toi a prouvé que de nous deux tu étais l’ange.

T’ai-je dit à quel point je t’aime ?  Sans doute pas assez.

Permet-moi de te le redire aujourd’hui.  Laisse-moi mes souvenirs de toi, mes souvenirs de nous.

Ne me demande pas de te laisser t’en aller, pas encore, jamais.  Ne me demande pas l’impossible.

Je t’aime  

Vous êtes chez vous

Mes amies, nos amies, nhésitez pas à vous exprimer ici, comme on discuterait de la beauté dune fleur dans un jardin.
Sonia est cette fleur. Son parfum flottera toujours, trait d'union entre nous.

Mercredi 5 novembre 2008

Michèle devina à la dureté du regard l’envie de parler du maître de maison, ou plutôt d’aboyer.

- Je fais un saut là-bas, et je la ramène.

- Je ne suis pas d’accord.

Le haussement d’épaules sous la chemise d’uniforme plia les épaulettes.

- Je n’ai pas l’intention de laisser une merdeuse nous dicter notre conduite.

- C’est tout ce qu’elle représente pour toi ? Une merdeuse ? Pas étonnant qu’elle soit partie.

Avec un peu de jugeote, les Lacoste n’auraient pas exigé le départ de la jeune femme, auraient au contraire favorisé une discussion franche entre le professeur et son élève. La mère prenait conscience de sa responsabilité dans les évènements présents. La colère explosa.

- Assez ! Clara doit décider elle-même de rentrer, ou elle repartira. Et je refuse de perdre ma fille.

- C’est la mienne aussi. Et je ne tiens pas la laisser à Tours, chez cette Darlan.

- Alors montre-t-en un peu plus digne. Qu’est-ce que tu as voulu prouver en envoyant les gendarmes chez elle ?

- N’empêche que j’avais raison.

- Ouvre les yeux ! On en est là par notre faute, surtout par la tienne, avec ta manie de tout régenter.

Charles choisit de laisser passer l’orage. Sa femme prenait les décisions aujourd’hui. Mais demain… Il les mettrait l’une et l’autre bientôt au garde-à-vous.

- On va lui laisser quelques jours.

Un sifflement prouva l’impossibilité de se satisfaire d’une telle ordonnance.

- T’en es sûre ?

- Oui !

- Comme tu veux. Mais ne viens pas te plaindre, si tu n’as plus d’autorité sur elle par la suite.

Un mouvement flou des longs cheveux blonds balaya les mots vides de sens. Michèle s’accrocha à son bol, comme s’il contenait des certitudes.

- Si j’apprends que tu cherches des ennuis à Melle Darlan, je te le ferai payer. Tu peux en être sûr.

Charles se jeta sur sa tartine sans répondre.

 

Clara n’osa pas s’approcher afin de l’embrasser. Le désir de glisser les lèvres sur la peau fraîche de sa joue, de respirer son odeur, la tenaillait pourtant. Elle se contenta d’admirer le teint rosé sous la forte lumière de la cuisine, de suivre la main fine occupée à tourner la cuiller dans le bol.

- Bonjour.

Le café abandonné à son sort, un regard chargé des restes d’une trop courte nuit détailla l’arrivante, se concentra sur un ovale doux empreint d’une apparente sérénité, lisse sous une chevelure claire, presque blonde. Un sourire sincère ponctua la séance d’observation.

- Salut. Qu’est-ce que tu prends ?

- Ne bougez pas, je m’en occupe.

Stéphanie comprit la raison de la promptitude à la douceur de l’effleurement. La hanche couverte par le pyjama se pressa contre son épaule, lui arracha un frisson et un soupir contenu. Elle devait fuir la promiscuité.

- Tu viens dans le salon, tes parents ne devraient pas tarder à appeler.

La bonne humeur disparut aussitôt, vite remplacée par une grimace de dégoût.

 

 

Incapable de se satisfaire du silence, Michèle chercha cette voix particulière, la reconnaissance entre une mère et sa fille. Son univers n’existait plus sans elle.

- Bonjour ma chérie.

Le timbre chevrotant souligna la tension. Tours ne pouvait ignorer la bourrasque soulevée dans un autre salon, dans une autre ville. Charles claqua la porte dans l’espoir d’affirmer son désaccord.

- Bonjour maman. Tu vas bien ?

- Oui. Ton père vient de partir.

Le soulagement s’afficha dans le regard rivé à la silhouette coincée à l’autre bras du canapé.

- Tu veux rentrer quand ?

- Je ne sais pas. Pas tout de suite.

- Pourquoi ?

- Tu le sais bien ! Alors pourquoi tu poses cette question. Comment peux-tu savoir ce qu’il se passe dans ma tête…

Un souffle tiède poussé par le rauque d’un soupir la priva de continuer par "et dans mon corps".

La maman refusa de montrer sa déception. Maintenant, le lien ne devait pas se rompre entre Limoges et Tours.

- S’il vous plaît, Mademoiselle…

Stéphanie se devinait otage de la situation. Mère et fille la plaçaient devant le fait accompli à tour de rôle.

- Je peux vous la confier quelques jours ? J’ai confiance en vous. Vous saurez lui parler.

Le fatalisme plus que la surprise se perdit dans la nuit de la rue d’Entraigues par l’intermédiaire de la fenêtre. Gérer la présence n’allait pas être de tout repos. Une part d’elle-même tenue secrète se ravissait cependant de la solution.

- … Oui, pourquoi pas.

- Vous me téléphonerez tous les jours, n’est-ce pas.

- Bien sûr, Madame.

Michèle réfléchissait, planifiait, distribuait les rôles à une cadence infernale, seul moyen de ne pas craquer.

- Je viens te chercher vendredi…

- Non ! Dimanche plutôt.

Une nouvelle déception se planqua dans un soupir.

- D’accord. Ça ira Mademoiselle ?

- Bien sûr.

- Je suis persuadée que ma fille ne risque rien avec vous.

Que répondre sinon un « et bien à dimanche, alors ».

 

Le spectre d’un retour forcé à Limoges éloigné, restait à profiter de chaque instant. Six jours passaient si vite. Trop de questions se bousculaient, méritaient une réponse. Dimanche, le sursis prendrait fin.

- Vous avez cours ce matin ?

- De 9 à 11 heures, puis de 14 à 17. Et j’aurai beaucoup de corrections à faire ensuite.

- D’accord.

La résignation amena un petit sourire narquois. Elle ne se comportait pas comme une gamine dans ses souvenirs. Ou sa vision était faussée. Après tout, sa compagnie lui donnerait l’occasion de la redécouvrir.

- N’aie pas peur, je trouverai quand même du temps à te consacrer.

La remarque amena un étrange sourire sur deux lèvres humides de lait chaud. Le sujet de conversation se voulait un remède au silence gênant. Posée à droite de la jeune femme, Clara tentait en vain de garder les yeux sur son petit déjeuner.

- Je pourrai peut-être vous aider.

- Merci, mais je ne suis pas sûre que ça nous fasse gagner du temps. T’as une idée de ce que tu veux faire aujourd’hui ?

- Je ne sais pas.

- Tours est une jolie ville, tu n’auras qu’à te balader. On se commandera une pizza pour midi, et on fera quelques courses ce soir. Je vais te donner un trousseau de clés, tu fais comme chez toi.

Stéphanie éprouvait le besoin de parler comme la veille, de camoufler ses émotions derrière un flot de paroles vaines, insipides. Les efforts de ces derniers mois s’anéantissaient en raison de la présence à la fois imposée et souhaitée.

- Je vous embête. Je n’aurais jamais dû venir.

- Pourquoi tu dis ça.

- Je le sens. Vous devez m’en vouloir maintenant.

Un sursaut projeta une tache de café sur le formica de la table. Le moment venait de trouver les mots justes, de l’aider à grandir, à accepter les aléas de l’existence.

- Tu ferais mieux de réfléchir avant de dire des âneries pareilles, Melle Lacoste.

La douceur du ton ne parvint pas à conserver au sec deux yeux désertés par l’innocence.

- Ecoute-moi bien. J’ai toujours voulu être ton amie, et je le veux encore. Par contre, je ne tiendrai jamais le coup si je dois sécher tes larmes jusqu’à dimanche. S’il te plaît, arrête de pleurer. Fais-moi un sourire.

Transportée par la gentillesse à toute épreuve, raison de son attachement, Clara renifla son chagrin quand un doigt osa balayer une mèche rebelle derrière son oreille, puis glissa sur sa joue.

- T’es plus jolie comme ça. Et je ne suis plus ta prof, tu as le droit de me tutoyer.

« La tutoyer », comme dans ses plus beaux rêves…

Par Jo
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Mardi 4 novembre 2008

Je ne peux mempêcher de sourire à lévocation de ce souvenir. Même si je n'avais pas ri à l'époque...

 

 

Quel beau début de soirée. Dommage de s’enfermer, quand la douceur du soleil couchant incite à une balade sur les bords de la Marne. Avec un peu de chance, on croise un martin-pêcheur furtif à l’ouvrage, une carpe fait miroiter ses écailles à la surface changeante des eaux verdâtres, un chat errant guette la sortie des mulots, un couple d’amoureux vient flirter…

Une pression sur mon bras, aussi légère que discrète, indique l’impatience de Sonia. Fin de la rêverie, on ne sera pas ce couple d’amoureux ce soir. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui me manque de l’entraîner loin du monde réel et de sa déchéance.

– On est à la bourre, murmure-t-elle dans un soupir, dépêche-toi.

La faute à qui, si on est en retard ? Vingt minutes plus tôt, je la croyais endormie dans la salle de bains. Et maintenant, on devrait risquer l’accident en traversant la rue, sous prétexte que mademoiselle s’inquiète enfin de l’heure.

– Ça commence toujours en retard, ces machins-là. Calme-toi.

Ce « machin-là » est une réunion de quartier, car on s’est aperçu que le ramassage des poubelles ne s’adapte plus aux réalités de l’existence. On vit dans un centre-ville, au milieu des commerces, avec des impératifs de livraisons, etc. M. Courtois, désireux de faire honneur à son patronyme, nous accueille sur le pas de la porte.

– On n’attendait plus que vous.

Il est gentil, ce bonhomme. La cinquantaine enrobée et le cheveu châtain rare s’harmonisent avec un sourire en toute circonstance, au point qu’il semble sculpté sur ses lèvres fines. Sans doute l’habitude de fréquenter des jeunes qui jouent en ligne sur ses ordinateurs, surfent sur le net, et tchatent sur les forums.

– C’est de ma faute, s’excuse Sonia débordante de franchise, me dédouanant au passage.

– Pas grave, entrez.

 

D’autres commerces sont représentés. Mme Duteuil, la boulangère, ressemble à un militaire dans sa posture trop droite. Elle en a d’ailleurs le regard noir sous un chignon de même couleur, les traits taillés dans le roc. Le port altier met en valeur son opulente poitrine, seule marque de féminité.

M. Duteuil la suit, comme un caniche tenu en laisse suit sa maîtresse. Ses doigts nerveux triturent une fine moustache à l’italienne, qui lui confère un visage de dandy sur des épaules de déménageur. Le pauvre meurt d’envie d’aller se coucher, son pain ne se fera pas tout seul demain.

Melle Magnon n’exhibe ni poitrine ni mari, car la mercière ne possède rien de ce qui fait l’orgueil d’une femme. Elle se plaint depuis deux ans de payer des charges pour un magasin désert. Allons mamie, il serait temps de penser à la retraite à soixante-dix ans passés. Et comment vous pouvez voir les clientes, puisque vous êtes toujours à papoter avec vos copines.

Contrairement à notre hôte, Jean Thibaut tire sa tête des mauvais jours. Il aurait aimé organiser la fameuse réunion chez lui, dans son bistrot, comme les troisièmes mi-temps du club de rugby local, auquel il n’a jamais pu jouer à cause d’une nature chétive.

M. et Mme Gilbert observent l’assemblée sans oser s’y mêler. Ces quadragénaires, gérants de l’animalerie, viennent aux réunions par obligation, saluent poliment par obligation, et foutent le camp sans prévenir. On les dit aussi sauvages que les bêtes qu’ils vendent.

Certains se remarquent par leur absence. M. Fillon et madame, de la supérette, partis en vacances de Pâques à Rome. Melle Moreau, jolie fleuriste célibataire, dont le sourire est une insulte aux femmes mariées du quartier, obligées de tenir les maris à l’œil.

Enfin il y a nous, Sonia et Jo, de la petite boutique de vêtements située entre la boulangerie et l’animalerie, en face du café et du magasin d’informatique. Le problème des poubelles nous concerne aussi.

Voilà, vous connaissez le voisinage. Pour les murs on verra plus loin. Ah ! J’allais oublier le nouveau, loueur de vélos comme le veut la mode. Sylvain Lasard sourit à la cantonade, certain de son charme de trentenaire, et de paraître irrésistible, toujours à vérifier sa tignasse châtain sur deux grands yeux clairs.

Reste le grand-père, visiblement pressé de tomber la veste et la cravate. Lui, c’est Morin, l’adjoint au maire chargé du dossier et des belles promesses. Il les tiendra peut-être à l’approche des municipales.

– On peut y aller, lance le maître de cérémonie, fier de recevoir la tribu dans son antre, au milieu des moniteurs et des unités centrales encore chaudes de la dure journée de labeur.

Chacun dans la semaine a défendu son point de vue, et tout le monde est d’accord pour déplacer le jour de ramassage des poubelles au mardi. Alors pourquoi on est là, au lieu de profiter des bords de la Marne ?

 

L’élu – qui n’est pas sûr d’être réélu – vient  de partir, on peut se lâcher. Les libations suivent la délibération, comme d’habitude. Eh ! Ne me regardez pas comme ça, je m’entends bien avec mon verre de jus d’orange, moi. Pourquoi je n’en bois pas plus souvent, d’ailleurs ?

Sonia, que je surnomme tendrement mon chaton, me surveille. Une sortie la veille a occasionné une gueule de bois ce matin. Et pas question de soigner le mal par le mal, ou c’est la scène de ménage. Ce qui est drôle dans un pique-nique – on joue au frisbee avec les assiettes en carton – l’est moins dans une réunion de quartier.

De plus, mieux vaut garder l’esprit alerte. Le nouveau reluque dans notre direction avec insistance, en faisant semblant d’écouter les pleurnicheries de Melle Magnon, appuyée sur un moniteur. Va l’avoir mauvais, Courtois, si la mamie fait tomber l’engin.

– Voila une bonne chose de faite, se plaît à balancer le cafetier, histoire de capter l’attention.

On ne m’accusera pas d’impolitesse, alors je décide d’accompagner ma réponse d’un regard franc.

– À la condition que le maire ne nous raconte pas de bobards. On saura dans quelques semaines.

– Oui. On vous voit tout à l’heure ?

– Oh non, rugit Sonia sans appel, pas ce soir. Un peu de calme nous fera du bien après la soirée d’hier.

Vlan ! Tout le quartier sera bientôt au courant de mon inconduite de la veille.

– C’est pas le tout, fait notre interlocuteur dépité après un coup d’œil à sa montre, je dois rentrer. Aline n’aime pas rester seule trop longtemps.

« Oh le menteur ! T’as la trouille qu’elle file avec un des joueurs de cartes qui squattent la table du fond de ton bistrot tous les soirs. » Restons diplomate, et traduisons cette pensée en termes policés.

– Vous avez raison, on ne sait jamais.

L’allusion l’aiguillonne, au point de le presser à agir.

– Allez ! Je suis parti.

Parfait ! On va emboîter le pas à Jean Thibaut, saluer tout le monde, et filer. Le programme à la télé se laissera regarder, avec de la chance. J’en suis là de ma réflexion hautement philosophique, quand une voix nous rattrape, ou plutôt nous empêche de partir.

 

– Bonsoir, je suis heureux de vous connaître.

– Nous aussi…

Le reste de ma réponse ne dépasse pas la barrière de mes lèvres, à cause d’une bonne d’éducation haïssable, tant elle pousse à l’hypocrisie :

« … C’est bon ! On se casse, maintenant. »

Allez savoir pourquoi, je flaire le piège. Sans doute à cause de Melle Magnon qui prend le cafetier par un bras, moi par l’autre, et nous accapare, laissant le loueur de vélos en tête à tête avec Sonia. C’est quoi ce cirque ? Elle ne s’y prendrait pas autrement si elle leur avait arrangé un rencard.

– Vous pensez que la maire agira ? blablate la mamie. L’entreprise de ramassage sera d’accord ? J’aurai peut-être dû lui parler de ma taxe professionnelle…

Ce qui m’intéresse, ce sont les paroles de l’autre, car il ne perd pas de temps. Voila qu’il prend mon chaton pour une vendeuse : « C’est bien de vous investir dans la vie du quartier… »

La vieille refuse de me lâcher. Dommage, car la mise au point serait vite faite.

 « Il y a de chouettes coins pour une balade à vélo. Je vous en prêterai un qui roule sans effort. »

Des efforts ? Moi j’en fais pour ne pas clouer le bec de manière virulente au coquelet. Ma parole ! Il se prend pour Brad Pitt.

– Qu’en pensez-vous, Mademoiselle ? s’offusque la mercière de mon manque d’attention. Inutile de chercher une réponse, la question ne s’est pas imprimée dans mon cerveau accaparé ailleurs.

– Hein ? Oui.

Eh ! vous n’êtes pas obligés de laisser ce dragueur se comporter comme un mort de faim devant Sonia. Il n’a pas vu qu’elle est accompagnée ? Son ton doucereux m’agace, ses courbettes m’agacent, tout de lui me porte sur les nerfs.

« Ça me fera plaisir de vous inviter. Vous n’avez qu’à me dire quand et où. »

Même pas au conditionnel, le malotru ! Il s’engage comme si c’était déjà dans la poche, et en rajoute.

« Vous êtes jolie, ce sera un plaisir de découvrir le coin avec vous. »

Cette fois s’en est trop. Je me prépare à intervenir, à lui imprimer sur le front ma façon de penser, quand la main de Sonia s’accroche à mon bras.

– Ma compagne et moi on est débordées, prévient son timbre doux, qui passe pour de la timidité en public. Il vaut mieux demander à quelqu’un d’autre.

Jo est le diminutif de Joëlle. Et Sonia est mon épouse. Euh… ma pacsée. Enfin, mon chaton qui dit que je suis la femme de sa vie, en sachant pertinemment que c’est réciproque. Nous sommes dans le quartier depuis trois ans et demi, et les autres n’ont pas eu le choix que de s’habituer à nous voir ensemble.

Là, « Sylvain Lasard qui se prend pour Brad Pitt » n’en revient pas, comme si la lesbienne volait le bien le plus précieux de l’homme : la femme. Il tire une tronche longue comme une étape du Tour de France ? Tant pis, on ne va pas se cacher afin de préserver son ego.

Vous imaginez que nous sommes des objets, qu’on peut prendre d’un simple claquement de doigts, qu’on peut dérober à son ancien propriétaire ? La femme est un trésor, que seul l’amour peut révéler au grand jour.

 

Fin de la discussion. Le cafetier retourne au travail ; la mercière s’éloigne, après un haussement d’épaules ; le loueur de vélo nous salut à peine avant de rejoindre la boulangère, aussi présidente du comité de quartier. On se rapproche de M. Courtois.

– Alors mesdemoiselles, vous êtes contentes de votre nouvel ordinateur ?

Là encore, la question ne m’intéresse pas.

– Oh oui ! se charge de répondre Sonia. J’en connais une qui ne lâche plus le clavier.

Doucement, mon chaton, ne vas pas dévoiler tous nos secrets au voisinage. Pour l’instant, il y en a d’autres qui ne nous lâchent plus. La mère Duteuil nous balance un regard… Comme si on venait de foutre « sa soirée » en l’air, car on n’a pas réservé au petit nouveau un accueil chaleureux.

Oh ! Je les paie aussi, mes cotisations. Même qu’au début je croyais que c’était du racket. Je n’ai volé Sonia à personne, on est venues ensemble. Et puis ce n’est pas de ma faute si elle n’aime pas les mecs.

Par Jo
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Lundi 3 novembre 2008

Il fallait en passer par là, par ce maudit week-end de la Toussaint, ressentir tout ce que ces journées représentent de plus merdique, de plus abjecte.

Comme si je devais penser à ma tite Sonia spécialement, comme si je ne supportais pas ma Toussaint tous les jours. A quoi sert davancer en dépit du bon sens, de faire des courbettes à une existence sans intérêt, si des conneries pareilles émaillent le calendrier et empêchent davancer ?

Jespère que demain je vous posterai un mot plus positif. Bisous à vous toutes mes amies.

Par Jo
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Dimanche 2 novembre 2008

Voici pour Patxi impatiente, et pour vous aussi bien sûr, la fin du premier chapitre.

 

Mme Lacoste l’avait avertie, le comportement de Clara ne laissait planer aucun doute quant à sa passion. Combien cette découverte l’avait troublée à l’époque, émue, ravie à son corps défendant par un vital besoin féminin de plaire.

Sans chercher à comprendre, le père l’avait menacée des pires maux, d’une action en justice, de représailles physiques. Sa femme s’était insurgée devant le manque de discernement, consciente de l’innocence de Stéphanie. Alors un éloignement sous forme de mutation avait résolu le problème, jusqu’à ce soir du moins.

- Je sais. Et tes sentiments me touchent beaucoup.

Les cheveux clairs tombèrent dans la purée, masquèrent la douleur de ne pas entendre les mots qui, seuls, justifiaient son évasion d’un univers dépourvu d’intérêt.

- Si je t’ai encouragée par mon attitude, j’en suis vraiment désolée. J’ai commis une erreur que je ne pourrai jamais me pardonner.

- Laquelle ?

- L’amitié entre un prof et une élève est impossible. Une histoire d’amour est tout simplement inconcevable.

- Pourquoi ?

La question se transforma en cri de douleur. Stéphanie ne devait pas l’ignorer, rejeter en vrac son amour et ses attentes. Son départ la contraignait à gagner la partie. Tout retour en arrière s’avérait impossible.

- C’est illégal.

Clara soupira, rassurée de ne pas entendre un fatidique "je ne t’aime pas". La loi ne représentait pas un obstacle des plus insurmontables. Par contre, l’absence d’affection à son égard l’aurait tuée.

- Je serai patiente, puisque vous me le demandez.

Une grimace accueillit la réponse en forme de promesse. A trop vouloir ménager la jeune fille, elle ne parvenait pas à se faire entendre. Éviter la rudesse de certains propos relevait de l’impossible.

- Je ne te le demande pas. J’ai un petit copain, un fiancé si tu préfères…

La douleur perça à travers la colère.

- Ne me parlez pas comme à une gamine !

Une larme brilla au bord d’un œil, prête à rouler. Une main s’envola par dessus la table, glissa sur une joue désertée par la chaleur. Un doigt s’imprégna de la perle salée.

- D’accord. Alors évite de parler comme une "dame". Ça ne te va pas.

Deux sourires complices se croisèrent, offrirent un peu de baume aux cœurs lourds, rejetèrent le désespoir au loin.

- A aucun moment je n’ai cherché à te faire souffrir. Tu en es consciente au moins ?

- Bien sûr.

 

Le tic-tac de la pendule au dessus de la télévision rappela Stéphanie à l’ordre. Une femme et un homme se languissaient sans doute d’attendre la bonne nouvelle à Limoges. Assise sur le canapé, la joue posée sur son épaule, leur enfant se reposait de ses émotions.

- Maintenant on prévient tes parents.

Un sursaut tira la jeune fille de sa prostration, projeta une expression de terreur à une poignée de centimètres du sourire contrit. Les haleines se mêlèrent.

- Certainement pas !

- Ils sont morts d’inquiétude. Il faut les rassurer.

Clara sentit la panique s’emparer de tout son être, menacer l’équilibre déjà fragilisé. La flamme de sa raison vacilla dans le souffle de la tempête.

- Papa va venir me chercher.

- On doit le faire. Il n’y a pas d’autre solution. Tu ne dois pas être effrayée.

- Il va vous faire du mal à vous aussi.

Une voix douce tenta de désamorcer la bombe. La réaction aurait prêté à sourire en d’autres circonstances.

- Mais non, voyons.

- Si ! C’est pour vous que j’ai peur.

La révélation apporta un nouvel éclairage à la déclaration, une autre ampleur. Car ces yeux bleus noyés dans le chagrin ne mentaient pas.

- Non. On parlera à ta mère, elle comprendra.

- Vous êtes sûre ?

La chemise se pressa contre le kimono, la bouche se colla dans le cou à la recherche de protection, à la recherche d’une marque de tendresse. Les bras mirent un temps infini à cesser de trembler, à se refermer sur un dos voûté.

- Je ne laisserai personne te faire du mal.

- C’est vrai ?

Les mains s’animèrent, caressèrent le petit être blessé.

- Tu peux avoir confiance en moi.

 

Malgré l’assurance qu’apportaient les kilomètres, les doigts se crispèrent à composer le numéro.

- Allo !

Stéphanie retint son souffle devant la voix forte, typique du militaire. Evidemment, ce timbre suffisait à expliquer une peur panique chez sa fille.

- Melle Darlan à l’appareil…

Une main tremblante d’espoir enclencha le haut-parleur à Limoges.

- … Clara est chez moi.

- Ah !

Le cri indiquait la satisfaction profonde de voir tomber la femme sous le cou de la justice, de son piédestal sur lequel la hissait sa fille depuis trop longtemps.

- Je le savais !

- Je vais vous expliquer…

- Inutile de vous fatiguer. Je vais vous faire mettre en taule pour pas mal d’années !

Stéphanie s’efforça de conserver un ton calme, refusa de céder à la panique.

- Ecoutez-moi. Je ne savais rien de cette histoire avant de voir les gendarmes débarquer chez moi ce soir. Votre fille est arrivée plus tard, transie de froid et de peur. J’ai décidée de vous appeler, alors ne m’accusez pas.

Michèle dévisagea son mari, outrée. Cet imbécile risquait de couper le fil à peine renoué, de forcer son enfant à prendre une décision irréversible.

- Elle est avec vous ?

- Oui Madame, elle vous entend.

- Chérie… parle-moi. Tu vas bien ?

Un regard perdu tenta de s’accrocher à une certitude, de se connecter au sourire engageant de son doux rêve, dont le bras enlaçait sa taille.

- Oui, ça va.

- Pourquoi es-tu partie ? Pourquoi n’as-tu pas essayé de me parler avant ?

Les sanglots de la mère passaient dans une voix meurtrie à travers la ligne téléphonique, réparait le mal causé par les cris du père.

- Tu sais pourquoi. Vous avez gâché ma vie.

Charles refusa de rester spectateur. La prof n’avait rien à se reprocher ? D’accord. Sa femme exigerait une explication bien assez tôt. Mais sa gosse obéirait.

- Mes collègues sur place vont venir te chercher. Tu vas rentrer à la maison…

- Non !

Le hurlement animal se répercuta dans les deux salons. Ni Tours ni Limoges ne pouvaient ignorer ce cri de désespoir. Clara se réfugia une nouvelle fois dans deux bras rendus forts par le désir de la rassurer.

- Je serai partie quand ils arriveront. Je veux rester ici.

Michèle comprit le danger. Si sa fille mettait sa menace à exécution, ils ne sauraient plus où la retrouver. Et la douleur entraperçue aujourd’hui ne serait qu’un avant-goût de l’enfer. Une solution devait se dégager à l’instant, avant qu’il ne soit trop tard.

- Ecoute-moi, personne ne viendra te chercher ce soir. Ne bouge surtout pas.

La fermeté de l’une, moins que le silence de l’autre, suffit à ramener un calme relatif.

- C’est bien compris ?

- Oui maman.

- Melle Darlan, s’il vous plaît, vous pouvez garder Clara cette nuit ? Je vous rappelle demain matin.

Stéphanie n’allait pas mettre la petite à la porte. Dans un train ? Elle descendrait au premier arrêt, et disparaîtrait de la surface de la terre.

- Pas de problème.

Un soupir de soulagement se moqua bien des kilomètres. La sécurité de son enfant assurée un temps au moins, le reste ne revêtait pas une importance capitale.

- Je vous remercie. Je vous appelle à 8 heures, ça va ?

- Parfait. Bonne nuit Madame, et ne vous inquiétez pas, je vais prendre soin d’elle.

Ce genre de promesse ne savait pas rassurer un père privé de son autorité.

 

- Si vous avez un fiancé, pourquoi il n’est pas là ?

- David voyage pour son travail. Il est en Angleterre en ce moment.

L’atmosphère se régénérait au point d’inciter Stéphanie à ne pas lancer la discussion ce soir. Elle devait amener cette jeune fille à prendre conscience de son erreur de jugement, de l’aberration de la situation présente, de l’embarras dans lequel son geste la plongeait. Mais plus tard.

- Ça va au bahut ? Le bac à la fin de l’année ne te fait pas trop peur ?

Clara se laissa bercer par une voix chaleureuse. Les yeux bas afin de ne pas faire étalage de sa joie ostensible, l’esprit se focalisait sur les délices à venir, sur le bonheur simple de profiter d’une présence.

- Non. Même si mes notes en anglais ont baissé. Vous ne m’en voulez pas ?

Un rire léger les réunit, comme deux bonnes copines, ce que l’une avait cherché pendant un an, ce dont l’autre refusait de se satisfaire.

- Tu étais la meilleure l’année dernière. Je ne saisissais pas pourquoi tu me demandais des cours particuliers…

La bourde lui apparut trop tard. L’intensité d’un regard la brûla, la soudaine gravité d’un visage fin l’interpella. Etait-ce possible ? S’agissait-il d’un délire d’adolescente en mal de sensations ? A partir de maintenant, elle devait penser chaque mot. Un doigt se glissa dans la nuque sous les cheveux clairs, força la douleur à perdre du terrain.

- Excuse-moi.

Stéphanie ne croyait donc pas en ses sentiments, avouer sa passion ne suffisait pas pour être prise au sérieux. Clara se laissa aller sur le canapé. Sa joue trouva naturellement appui sur les cuisses voilées par le kimono.

- Mes parents non plus ne voulaient pas comprendre.

Que faire ? Une année lui avait permis de s’attacher à son élève, d’espérer une simple et franche amitié. Le sort en avait décidé autrement. Alors la posture de la fugueuse devenait indécente dans de telles circonstances. Elle devait réagir vite, ne pas sombrer aussi. Car personne ne viendrait les sauver ni l’une ni l’autre.

- Puisque tu es mon invitée, viens découvrir mon royaume.

 

La jeune femme prit garde de ne pas troubler le silence, s’accrocha au chambranle de la porte ouverte. Clara dormait, assommée par la richesse des évènements de sa journée. Une respiration sifflante s’évadait de la chambre, filait à travers le couloir, emplissait chaque pièce de la maison. De nombreux sanglots avaient émaillé l’attente du sommeil.

Stéphanie ne parvenait pas à l’imiter, à trouver un repos nécessaire. L’invraisemblable de la situation apparaissait très clairement, pas la clé. Aucune n’avait trouvé de réponses aux questions. Un pas traînant la ramena à son grand lit. La porte entrouverte afin de réagir à la moindre alerte, concentrée sur une poignée de souvenirs, elle tenta de retrouver le temps de l’insouciance, un an plus tôt.

Par Jo
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Vendredi 31 octobre 2008

Je hais le week-end, le samedi, et tout ce que représente ma solitude. Tu me manques mon chaton. Je ne veux pas me résoudre à dire je t'aimais.
Je t'aime...

Par Jo
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